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Epitaphes

Baudouin




Ne régnant que pour les autres,
Fatigué d’être grand,
Le roi s’est allongé.
La nation pleure à ses pieds.
Le tricolore est uni plus que jamais.
Le ciel en appel le silence.
S’émouvant de ces trois couleurs
Pour son Roi tant aimé.
Inoubliable à l’ombre de son sabre,
Doré de tant de paix,
Brillant d’éclat de nos émotions.
Il est parti comme il était venu,
Doucement, tenant la vertu sans condition.
Un arc-en-ciel ne perd jamais ses couleurs,
Mais ne reste jamais bien longtemps.
C’est bien là le seul regret du temps que le
Grand homme n’appréhende pas.

Femme courage



Ici sommeille une grande Dame,
Qui fut femme de la solitude,
Epouse d’une mauvaise providence ;
Depuis que sa moitié succomba
Pour un tissu de couleur différente
De celui qui l’envoya le chercher.

Idole de pauvreté




Il cracha sur le malheur, s’éteignit doucement.
Dignement, désapprouvant l’indignité.
Ouvrit les bras au destin sans réel nom, le secourut en
Lui donnant son seul bien, riant à la postérité.
Et partit comme il était venu, inconsciemment vêtu d’appauvrissement.

Le Sermon




Monsieur,
Je sais que vous êtes de bonne foi,
Mais je vous en prie,
Cessez de m’inonder de vos sermons aux morts,
Dont je ne crois aucunement.
Je ne voudrais vous vexer ;
Aussi, rentrez dans votre paroisse pour que le ciel
Cesse de pleurer de ridicule et en vienne à mouiller
Les planches de ma nouvelle demeure,
Qui n’a même pas été conçue de chêne.









La mort et la vie sont unies comme le jour et la nuit.
Mais l’une des deux trompe l’autre.
A cet instant, tu es libre de choisir laquelle des deux
Tu veux en rire ou en pleurer.

Misère, je t'aurai



Il naquit dans la misère qui n’était pas sienne ;
Il vécut dans la misère qui n’était pas votre ;
Il vieillit dans la misère en bas âge ;
Et le jour venu non moins choisi ;
A sa misère il s’adressa ;
Sans compromis, avec le front de la vertu,
Embrassant le dernier souffle,
Il s’écria : Misère, je t’ai enfin eu !

Monsieur




Je n’ai jamais connu une femme
Qui aimait tant son père.
Je parle de mon épouse, votre fille.
Elle prie souvent avec ferveur en
Tombant de chagrin pour vous,
Jusqu’à oublier la joie de vivre.
Elle s’en veut de ne pas être 
Ce qu’elle n’est pas.
Elle est couronnée du présent mais s’attache 
Trop souvent au passé, pour rattraper ce
Qui est déjà dans l’oubli.
On ne peut retourner en arrière,
Ni dire du mal de ce qu’on n’a pas fait.
On ne peut condamner le futur avec
Comme seul arme le présent,
Ni présenter le passé au futur.
Mais je n’ai jamais connu une femme
Qui aimait autant son mari.
Je parle de votre fille, mon épouse,
Qui s’oublie trop souvent pour nous.

Talban




Cette nuit, s’est éteint un moine du nom de Talban,
Qui passa la moitié de son temps à rire des discours
De la mort, l’autre moitié, a pleurer du sort qu’elle
Lui a réservé.

L’amertume du goût





Il naquit comme vous et moi,
Il fut riche comme Crésus,
Et mourut comme tout le monde.
Quand a sa bourse, infidèle à la moralité,
Elle prit domicile chez le premier venu.
Avec un temps compté elle finit à son
Tour à reconnaître le moment fougueux
S’effacent dans l’oubli des plaisirs.
Heureusement que le sommeil n’a pas
De goût, car pareil à rien, il serait amer,
Léger, et lourd de sens, franc pour pas un sou.

La fortune du vieillard



Il demanda à sa bonne fortune
Dans des bruits gestuels une
Goutte d’évasion dans un calice,
Ainsi qu’un clou de tombe
Allumé toujours avant l’heure par
Un cierge de Pâque.
Toujours trop tôt,
Il goutta le tout avec l’arôme du passé.
Regarda tremblant son éternelle jeunesse
Insoumise accrochée au bas d’un silence,
Fixant les siens cloués au mur des départs.
Et faisant honte à la sagesse,
Partit sans corps et bien rejoindre un
Calice vide mais prometteur et le cierge de
Protection allumée pour l’occasion.
Au matin, dans la froideur du plus Fort,
La Raison du plus faible trancha un brouillard
Que la vertu avait mi comme habit de bonne fortune.

Le temps qui meurt





Il parla souvent et amèrement de la mort,
Sans retenue ;
Quant à la mort, bien égoïstement,
Elle ne pensa à lui qu’une seul fois,
Sans se retenir.

Sur sa tombe aigrie on écrivit ceci ;
Ici repose enfin le Jadis et sa Rudesse,
Celui qui pour le temps n’a pas de nom ;
Rajouta le Sursis au bon moment.
Le Mouvement coupable de rien,
Faute d’un accusateur,
Se cachant derrière la postérité,
Juste le temps pour être en retard,
Afin de ne pas montrer sa honte
Devant la sagesse du temps perdu.

Sans titre (2)




En regardant fondre le soleil
Donnant l’éclat à l’hiver imprudent,
Ne demandant jamais sa part à temps ;
J’ai le danger de mourir trop jeune.

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